Euroculture contre culture européenne5 minutes

La culture Européenne doit se penser comme une héritière et non uniquement comme un modèle de civilisation pour reprendre les mots de Derrida. Pour s’approprier celle-ci , il s’agit d’abord de faire un travail d’anamnèse, pour pouvoir “remonter” le fil de l’Histoire jusqu’à ses origines, et mieux critiquer et intégrer ce qu’est la Culture Européenne.

Mais qu’est ce qu’il se cache derrière le vocable de Culture ?

Si on le prend sous le prisme anglo-germanique , cela signifie “les façons d’être, les goûts, les comportements, les modes de vies de certains groupe sociaux. Si on l’entend de manière plus latine et française, le terme “culture” renvoit à un “ensemble de valeurs universelles généralisables et exportables qui favoriserait le mot de “civilisation européenne”.

La culture dont se réclame les officiels de la Commission Européennes tente de marier les deux conceptions culturelles, ce qui passe donc par un évident “polissement des moeurs” pour reprendre Mirabeau , chose que l’on tend a oublier. Dans cet esprit, la fonction principale de la culture, au niveau Européen, devient la fabrication d’un consensus pour arriver à construire une société européenne de la connaissance. (Ce consensus convaincre : vaincre les sots, mais aussi avec eux (vincerere con)).

En 1990, à Stuttgart, lors du congrès de l’espace culturel européen 1 an après la chute du mur de Berlin. Une phrase du compte rendu de ce congrès rend compte de la future construction culturelle européenne : « il n’est pas d’ambition politique qui ne soit précédée d’une conquête des esprits. C’est à la culture qu’il revient d’imposer le sentiment d’une unité, d’une solidarité européenne ».

On assigne donc à la culture une fonction politique majeur , voire première : la conquête des esprits pour imposer le sentiment d’une unité, et d’une solidarité européenne. Chose louable , mais quelle arrière pensée anime cette entreprise ? L’euro-culture promue par les experts en gouvernance comme fondement de la société européenne est en fait une réduction voire une mutilation de la culture européenne. Loin de promouvoir la culture européenne , et de la pérenniser , il s’agit donc de la réécrire pour en faire disparaitre certains aspects , et accentuer et en encourager d’autres. Par la manière même dont est conçu cette euro-culture, il s’agit de légitimer l’unification du continent européen, surtout d’un point de vue économique, mais aussi politique.

Pourquoi ?

Sous couvert de vanter la diversité du patrimoine culturel des pays européens, elle vise en fait à niveler les différences, en sur-représentant en quelque sorte la part occidentale de cette culture, c’est-à-dire la part la plus adaptée et la plus adaptable aux besoins du marché, et notamment le marché commun de l’époque.

Aucun problème historique n’est jamais clôt ni résolu : il peut y avoir des progrès dans la connaissance, des remises en cause. Prêter à des générations lointaines nos propres idées et points de vue c’est la meilleure façon de se tromper. C’est ainsi que le culturel a pris le pas sur la culture, et sur le cultivé. La culture n’est pas un simple acquis, et demande un travail à l’image d’un champ que l’on cultive

On ne peut s’empêcher de se demander, avec le philosophe Jacques Derrida, si la construction d’une culture européenne n’a pas beaucoup à redouter de ceux-là même qui se sont autoproclamés ses « défenseurs » ? Ce philosophe de la déconstruction s’interroge, dès le lendemain de la chute du mur de Berlin en 1989, sur la possibilité de faire correspondre à ce vieux nom d’Europe une identité culturelle.

« L’identité culturelle européenne ne peut se disperser en une multitude d’idiomes et de petits nationalismes jaloux et intraduisibles. Elle ne doit pas renoncer à de grandes avenues de tradition et de communication, donc de médiatisation. Mais cette identité culturelle ne doit pas d’avantage accepter l’hégémonie d’une capitale qui, à travers des appareils culturels transeuropéens, étatiques ou non, contrôle, uniformise, normalise, soumettant les discours et les pratiques artistiques à des normes philo-esthétiques, à des canaux de communication immédiats, à des recherches de taux d’audience ou de rentabilité commerciale qui, en reconstituant les lieux de consensus faciles, démagogiques et vendables, à travers des réseaux médiatiques mobiles, extrêmement présents et vendables, passent immédiatement toutes les frontières, et installent la centrale médiatique d’un nouvel imperium, n’importe où, et à tout moment ».

A l’heure d’internet, et de la multiplication des réseaux sociaux , ces interrogations ne sont que plus légitime et les réalités plus criantes. Ce qui définit le mieux l’Europe est sans doute la volonté de se penser par ceux qui la précèdent , de se poser comme héritière et pas seulement comme un modèle de civilisation. L’effort d’un retour à l’origine conduit davantage à insister sur l’idée de transmission d’un héritage, d’une culture, avec l’idée que c’est cette capacité à accepter cet héritage, et à s’accepter comme héritier qui permet l’innovation plus que la volonté d’imposer une culture européenne commune, arbitraire, et qui ne pourrait pas tout englober.

En somme, il faudrait savoir d’où l’on vient pour mieux savoir où l’on va car il ne s’agit non pas de remonter l’eau du courant car c’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source. La culture européenne est un miracle permanent car elle a su entretenir jusque là une tradition intellectuelle qui force l’admiration de part le monde. Veillons à ce que cette tradition intellectuelle, moyen de notre accomplissement ne s’éteigne pas , ou qu’elle ne soit pas travesti.

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