L’union sacrée face à la Macronie : L’exemple d’Aéroports de Paris6 minutes

Equipe Cogitare

30/03/2019

Parmi les innombrables divergences politiques existantes en France, se révèle parfois une union sacrée. Les Républicains, la France Insoumise, Le Front National, Le Parti Socialiste, Europe Écologie les Verts et le Parti communiste affirment de concert leur opposition à La République en Marche. La raison, le projet de la loi PACTE proposant la privatisation de la société Aéroports de Paris. Autrement dit, l’abandon pur et simple de la participation étatique au capital des aéroports de la région Parisienne et d’une source de revenu non négligeable.

 

L’abandon d’un actif stratégique à la contrepartie financière catastrophique.


Dans le monde, la possession des aéroports par les entités publiques représente près de 86% de l’ensemble aéroportuaire. Une importance stratégique telle qu’au sein même d’un pays ultra-libéral comme les Etats-Unis, l’ensemble de ses infrastructures aéroportuaires sont détenus par la sphère publique. La justification d’un tel choix s’explique aisément à l’aune de la sécurité du territoire et de l’expression de la souveraineté nationale. Il est également utile de préciser que Aéroports de Paris représente la première entrée de l’immigration en France. En effet, près de 80% du trafic aérien international transite par les aéroports de la région parisienne. Ces précisions faites, il pourrait être compréhensible d’entendre la cession d’un tel capital à l’aune d’une contrepartie financière avantageuse au bénéfice de l’Etat. Il n’en sera rien.

Selon les différents experts, la vente par l’Etat d’Aéroports de Paris rapportera la somme de 7,5 milliards d’euros. Cette somme sera affectée selon les dires du ministre de l’Économie, Bruno le Maire, au sein d’un fond dans lequel le versement de ses intérêts seront alloués à l’innovation. Le placement au sein de ce fond d’investissement de 7,5 milliards d’euros accompagné d’un taux d’intérêt à 2,5% représente un gain pour l’Etat de 187,5 millions d’euros par an.

Par conséquent, l’Etat ne pourra plus percevoir les dividendes que lui versait, chaque année, Aéroports de Paris conformément à ses résultats. Une somme indexée au budget de l’Etat et dont l’activité, prospère, lui rapportait en 2018 soit près de 185 millions d’euros. Nous nous séparons d’un actif stratégique, expression de notre sécurité et souveraineté nationale afin de gagner 2,5 millions d’euros supplémentaires … La placement de la somme de 7,5 milliards d’euros dans ce fond d’investissement avec un taux d’intérêt stable à 2,5% engendre, de facto, la perception de 187,5 milliards d’euros et sans aucun euro de plus pendant des décennies.

Dans un même temps, il est utile de préciser que le versement des dividendes fluctuent en fonction des résultats et des indices de performance d’une entreprise. Or, tous les experts s’accordent à dire que le montant de ces dividendes grimperont de manière exponentielle dans les années à venir. En 2009, l’Etat percevait la somme de 82 millions d’euros au titre de sa part de dividendes chez Aéroports de Paris, 185 millions d’euros en 2018. Une croissance telle que le groupe ADP est devenu en 2018 le premier groupe aéroportuaire au monde. Le groupe ADP prévoit par ailleurs l’augmentation de son nombre de passagers d’un ordre de 50% aux horizons 2030. Les prévisions tablent sur un trafic aérien doublé d’ici 2037.

Vous le comprenez, les 187,5 millions d’euros par an, correspondant aux intérêts perçus sur le fond d’investissement seront toujours les mêmes pendant des décennies à venir. En revanche, le montant des dividendes versées par ADP, que l’Etat ne pourra plus toucher en raison de cette vente vont augmenter de manière exponentielle. 

 

 

Le contrat de la discorde.

 

Au delà de ces contreparties financières, s’exposent également les problématiques liées à la mise en place de cette privatisation. Lorsqu’une personne publique cède à un opérateur public une grande infrastructure, il est habituel pour la personne publique de conclure avec un opérateur privé un contrat de concession. Le groupe privé se voit ainsi concéder le droit d’exploitation de l’ouvrage, détenu initialement par la personne publique pour une durée déterminée dans le contrat et en contrepartie du versement d’un loyer. À l’expiration de cette durée, la personne publique retrouve son bien gratuitement. Pourtant, la première clause stipule une concession d’une durée de 70 ans, anormalement long, mais l’essentiel est ailleurs. Au terme de cette période, L’Etat, si elle est désireuse, devra racheter Aéroports de Paris ! 

La deuxième clause étrange figurant au contrat stipule que l’Etat sera dans l’obligation de verser une somme d’argent en vue de la privatisation. En effet, il convient de rappeler que la privatisation du groupe ADP est le prolongement de la réforme aéroportuaire de 2005 ayant entrainé la naissance de la société Aéroports de Paris. Le capital est détenu à plus de 50% par l’Etat, conformément à une obligation légale inscrite dans le code des transports. Détenant près de 49% des parts, les actionnaires privés, présents au capital de ADP se verront dédommagés par l’Etat afin que celui ci puisse avoir le droit de vendre. Montant total de l’opération : 1 milliard d’euros. 

Un exemple triste et amusant à la fois, précisons également que parmi ces actionnaires minoritaires se trouve le groupe Vinci qui détient environ 8% des parts au capital de la société. Ces derniers sont également ceux pressentis pour le rachat des parts cédées par l’Etat. Autrement dit, cette clause va permettre de dédommager Vinci du préjudice subi d’être racheté par … Vinci.

Pourquoi privatiser alors ?

 

La réponse ne se trouve guère au sein des institutions de l’Union européenne que l’on accuse de manière facile et habile de tous les maux. Il convient de la chercher directement au sein des protagonistes de la République en Marche raisonnant autour du dogme affairiste, prônant systématiquement la transmission des secteurs rémunérateurs au privé au détriment de l’Etat et de l’intérêt général. Décidément, la trahison des uns rapporte aux autres.

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